Chapitre en cours :
Entre Mortels et Immortels, la guerre est déclarée. Trois mois après la chute d'Isanagi et du Golem de Pierre, la tension ne fait qu'accroître. Encore une fois, l'ennemi saura surprendre. Encore une fois, les futures divinités devront se montrer à la hauteur, et les humains, plus unis que jamais.


École des dieux RPG


Forum RPG
 

 

 Rester de marbre [Quête du mois de Mars]

 
Invité
Anonymous
Invité
Rester de marbre [Quête du mois de Mars] Empty
Rester de marbre [Quête du mois de Mars] - Mar 25 Mar 2014 - 14:37


Image complète:
 

Courbé à en rendre jaloux le roseau dans la Fable de La Fontaine, le bassin décollé de mes chevilles, je tiens une pose que l'on pourrait situer entre le danseur professionnel et l'Irlandais ivre mort tentant de faire du Breakdance. Un bras en l'air, joignant mon épaule, l'autre posé sur mon talon pour garder un semblant d'équilibre, je trône par l'opération du saint esprit sur un socle ridiculement petit pour ma stature. Je suis une statue. Enfin, pas naturellement, je veux dire, quelqu'un m'a transformé en statue, ou plutôt quelque chose.

Je me souviens de peu de choses. J'étais sorti de mon dortoir avec une envie pressante - si vous voyez ce que je veux dire - et je me suis naturellement dirigé vers les latrines communes, par habitude. Sauf qu'ici, à la Deus Academia et contrairement aux orphelinats de Grande-Bretagne, il n'y a pas de petite lampe de poche pour vous guider et vous risquer de rencontrer bien plus imposant et surtout grave qu'un surveillant au coin du couloir. Aussi prudent que Harry Potter avec ses escaliers qui bougent, j'ai trouvé mon coin détente, et je suis aussitôt reparti pour aller me coucher. Mais quelqu'un m'attendait. Ou plutôt quelque chose.

Cela n'avait vraiment l'air de rien. On aurait dit un mélange entre un nain de jardin, un gnome, une coccinelle et un pet à la poudre de perlimpimpin. Oui, en un mot : moche. J'ai dû lui offrir mon plus beau visage incrédule, parce qu'il a pris peur et m'a aspergé de... je ne sais trop quoi. Il sentait fort, j'avais l'impression d'avoir été arrosé par un furet en fuite. Je me suis endormi, là, au milieu du couloir, le pyjama mal resserré et l'haleine de trois heures du matin. Et le lendemain, ou peut-être trois jours plus tard, je me suis réveillé là. Dans cet accoutrement. Au milieu du fin fond du jardin de cette ... Académie.

Je vous l'avoue, je me suis senti un peu roulé, un peu con, un peut vanné et un peu maudit tout à la fois. J'ai même pris ça pour une de mes malédictions matinales en espérant que cela passerait à la nuit tombée. Haha, peanuts les enfants, rien, que chique, pouet. Je suis resté là toute la nuit - oui TOUTE la nuit, c'est LONG ! - et j'ai attendu. Je crois que mon esprit c'est fait la malle par moment, me donnant des moments de "sommeil" très courts. J'ai développé une angoisse : tomber. Je ne sais pas si mon état est temporaire, mais je pense que même changé en pierre pourrie je devrais sentir un petit picotement si on m'ébrèche. Et encore, je n'ai pas fini façon statue grecque. Vous imaginez si un petit malin avait la folie du pape esmasculateur ? Moi je ne préfère pas...

J'aime m'ennuyer, c'est une de mes activités favorites. Flanner le nez en l'air, lire un magazine people en mangeant des chips grasses et fumant ce qu'on m'offre. Mais la vie d'une statue, c'est un ennui sans retour. Quelque chose qui fait que même un cours d'arithmétique avancée me donnerait moins envie de mourir. Je me suis sérieusement demandé si je n'allais pas finir par crever d'ennui. Et puis, vers la fin du deuxième jour, j'ai vu quelqu'un arriver. Enfin, quelque chose plutôt. Evidemment, les apprentis dieu avaient beaucoup mieux à faire que traîner dans l'arrière-jardin de leur Académie, tout juste bon à accueillir deux enfants en mal d'amour. Bref. Il avait quatre pattes, une toute petite queue pompon et il me faisait penser à un chien. A vrai dire, je pense que c'était un chien. Avec sa tête de petit machin à sa mémère et sa... wow. C'était quoi ça ?

Il était mignon en apparence. A chaque fois qu'il courait, son fessier canin s'articulait pour laisser voir la carapace épaisse et rouge vif d'un... scorpion. C'était un chien-scorpion. Ou un scorpion-chien, je ne sais pas trop. Quoi qu'il en soit, j'étais bien content d'être en pierre, il était tellement petit qu'il ne pouvait pas faire bouger mon socle, et plus de ça... Hé. Toi là. Tu fais quoi ? Non, non. Va renifler ailleurs, je ne suis pas un urinoir.

"OH ! EH !"

Non, bien sûr, je n'ai pas crié. Vous imaginez sa tête si la statue qu'il prenait pour une pissotière avait bougé la tête ? Ouais, ça aurait été à mourir de rire. Mais non. Cet espèce de corniaud m'a arrosé le piédestal avant de gratter tout autour. D'accord. Voilà quelque chose qui ne m'était jamais arrivé, me faire identifier comme propriété d'un chien scorpion. Au moins, cela m'a permis d'avoir de quoi occuper la longue nuit suivante. J'ai élaboré maints plans démoniaques pour lui retourner la fourrure et en faire au choix : une écharpe, un bonnet, un cache-kikette, des bottes, des guêtre ou un bol sacrificiel à Deus. Quoi, Deus n'aime pas les sacrifices ? Oh allez quoi, un chien-scorpion pisseur, ça ne se refuse pas ! Ce jour-là, personne ne vint déranger ma solitude. Seul un vent à faire décoller une moumoute parcourait l'espace. Je n'étais même pas assez près de l'établissement pour pouvoir me plaindre de la musique d'ascenseur et des annonces passées sur les hauts parleur. Au moins si on m'avait mis sur la place principale j'aurais eu des admiratrices. Mazette. Le soleil.

Je l'aurais presque oublié. J'ai la chance qu'on soit à peine au printemps, où je suis sûr que même avec une couche de pierre ma peau aurait trouvé le moyen de brûler. Peut-être qu'en frottant un peu sur les parties exposées, on pourrait m'effriter ? Quelle horreur. Je préfère oublier cette idée. Se concentrer sur autres chose...

La seule qui me vient, c'est une chansons paillarde. J'aurais l'air bien stupide à essayer de chanter avec des lèvres de granit et une immobilisation parfaite. Je me demande d'ailleurs comment cela se fait que je ne souffre pas encore de ma position forcée. Je devrais au moins avoir un torticoli. En prime on m'a placé le nez comme si j'étais en train de me renifler l'aisselle. Vous parlez d'un sex appeal. Je suppose qu'au troisième jour de mon immobilité je devrais commencer à m'inquiéter, mais je me dis que dans une académie qui forme des dieux...tout est relativement normal. Je veux dire. Je suis mort dans un attentat en 2005, je me retrouve des années plus tard neuf comme un penny blanc à faire le ménage pour des gosses qui font exploser des trucs. Alors avoir un corps en nuances de gris, cela m'est relativement égal. Au contraire, ce sont des vacances. J'en profite, diantre !

Tu vas quitter ta bonne mère, pour t’en aller dans un boxon. Je ne te retiens pas ma chère, si c’est là ta vocation. Suis bien les conseils de ta mère, avant toi je fis ce métier. Tu n’as jamais connu ton père, c'était peut-être tout le quartier.

J'aimerais pouvoir casser les oreilles de tout le monde avec ma voix de voyous qui a trop tiré sur son pétard. Mais je suis condamné à crier dans ma propre tête. Adieu, fais-toi putain ! Voilà. Et si... les statues que l'on voit un peu partout dans l'académie étaient en réalité des gens, comme moi, immobilisés dans la pierre. Et si c'était pour toujours ? Non. Cela ressemblerait à une punition. Pourquoi me punirait-on aussi violemment ? Parce que j'ai craché sur une vitre que j'essuyais ? Parce que j'ai pissé dans ma poubelle de service ? Parce que je me suis curé le nez pendant un discours ? Oh quand même, Deus, faut savoir rigoler cinq minutes ! Au moins je fais mon taff, c'est pas un malheureux mollard qui va rendre tes vitres moins propres, ne t'en défrise pas les moustaches.

Haha. Et si Deus était une femme ? Ben, tant pis pour la moustache.

Non mais, plus sérieusement. Je vais resté bloquer ici combien de temps ? Pas que ne rien faire me déplaise, en plus de ça j'ai une excuse valable, mais bon quand même, j'ai du travail à réaliser. Et ça m'étonnerait qu'on soit compréhensif envers un repenti parce qu'il a joué les attrape pigeons pendant plusieurs jours. Tiens justement en parlant de pigeon, voilà deux roucoulants. Des deux-pattes, aussi nommés enfants. Enfin, adolescents si je me fie à l’acné dévorant de l'un et au goût douteux de la coiffure de l'autre. Ils se baladent main dans la main, se promettant étoiles et vie éternelle.

« Je t'aime, dit l'un
- Je t'aime plus encore, dit l'autre »

Non mais, franchement.

Qu'est-ce qu'ils savent de l'amour, cette bande d'abrutis sur pattes ? Et voilà qu'ils se rapprochent de moi. Hé. Doucement avec tes boudins ongulaires toi.

« Ooooh regarde Fred, la statue «Sensualité » dont on parle dans les registres de l'école. »

Désolé de te décevoir gamine, mais il n'y a pas de plaque sur mon socle. Sensualité comme tu l'appelle, c'est les deux fils de fer qui s'embrassent dans l'arrière-cour du bâtiment principal. Je le sais parce que j'ai dû nettoyer des tags pubiens sur la demoiselle, et je me suis senti comme un gros pervers maniaque à passer de l'acétone au coton tige sur des formes sculptées dans le marbre. Mais son dindon marche dans l'hystérie, et les voilà qui s'enlacent avec des têtes d'ahuris amoureux. Oh pitié. Faites qu'ils ne s'embrassent pas là, maintenant.

Ah. Mais si. L'haleine de cantine de l'un et l'autre finissent par se mêler dans un baiser que même une apprentie tapineuse aurait qualifié de dégueulasse. Et moi je suis là, à devoir subir cette scène cucul la praline. Au moins ils n'ont pas eu le mauvais goût d'attendre le coucher de soleil. Ils finissent par arrêter de se ventouser les babines, et la petite aux cheveux gras me regarde avec des yeux qui brillent. Je vois bien à sa tête d'imbécile heureuse que ce n'est pas l'instant qu'elle savoure mais ma plastique. Ah, si tu voyais sous les vêtements chérie tu t'en irais en courant. En fait, je suis plutôt beau gosse en statue. Pas d'acné, de roux, pas de grattage d'épaule ou de démarche avec la tête enfoncée. C'est ça, regarde, mais pitié n'en parle pas dans ton journal intime. Elle a l'air de quelqu'un qui regrette. Ah, j'y suis !

Le prince charmant vient de se faire la malle. L'idée du parfait amant qu'est son Fred s'est brisée aussitôt qu'il lui a labouré les amygdales. Et oui ma grande, il faudra attendre d'avoir plus de vingt ans pour trouver un amant avec un minimum d'expérience.

Oh, ça ne sert à rien de fantasmer sur moi, je reste de marbre.

Haha.

Ils s'en vont. Dommage, au moins j'avais un support pour passer ma sale humeur. Je suis condamné à regarder droit devant les uniformes impeccables de ces apprentis dieux – j'espère que ce ne sont pas des créatures de l'amour, sans quoi les humains sont mal barrés. Et ensuite, j'attends. J'attends. En silence. Je compte, espérant que mon esprit se décroche une nouvelle fois, mais il est bien accroché ce salaud de sédentaire. Et une nouvelle nuit d'ennui. Si j'avais le visage tourné vers le ciel, je pourrais au moins compter les étoiles, cela m'occuperait. Ah oui mais. Je ne verrais personne. Hm. Mon nez me démange.

Attend, quoi ?

Non, si. Il me démange, genre vraiment. Il me gratte, me pique, ça vibre comme une colonie de fourmis rouges entre mes deux narines. Arg. Et ma main toujours immobilisée. Je me sens trembler. Oh non, j'espère que mon socle n'est pas victime d'une attaque sournoise par derrière. Pourtant je me sens bouger. Doucement, et puis de plus en plus fort. J'ai tout qui tremble, comme si on venait de me pousser.

CRRRAAAACK .

C'est exactement le bruit que je fais. De gros morceaux de granit tombent à droite et à gauche, me laissant en tenue de danseur, en équilibre précaire. Je suis tout engourdi, sonné. L'air emplit mes poumons avec un bien être auquel je ne croyais plus. Un par un, les mécanismes de mon artillerie corporelle redémarrent. Je suis une vieille berline à manivelle. Tic. Toc. Je suis sonné, tout tremblant. Je ne sais pas comment descendre, je n'ose même pas changer de position. Ma tête tambourine, je descend lentement mon bras, n'osant y croire. Trois jours, c'est tout ? Je m'attendais à pire. En me redressant, je perds l'équilibre. Mes jambes se dérobent, s'écartent pour m'éclater le postérieur sur le marbre. Je pars vers l'avant, fait une formidable culbute, et m'éclate le dos par terre.

Immobile, transi par la douleur, j'ai le souffle bloqué quelque secondes, comme si tout l'air venait de s'échapper de mes poumons. Je respire. Je bouge.

Ah. Vite. Je me gratte le nez. Comme un furieux, je laboure mon tarin avec mes ongles, pour ces trois jours bloqué le bras en l'air. Bordel de Deus, ce que ça peut me faire du bien. Je le frotte et le démange de centaines de façons différentes jusqu'à ne plus avoir qu'une fraise toute gonflée au milieu du visage.

Bon. Je suppose que je n'ai plus qu'à me lever maintenant. On dirait que la paresse de l'immobilisation, c'est fini. Et bien, je n'ai qu'une chose à dire. Si je retrouve ce gnome difforme, je vais lui coller une chasse du feu de Deus. On n'a pas idée de m'exposer en position de fiotte pendant trois jours. Non. Il aurait au moins pu me déguiser en garde de Buckingham Palace. Enfin quoi. Ouch. J'ai mal partout Et dire qu'il doit me rester deux heures de sommeil. Oh Seigneur tout puissant. Demain, nouvelle malédiction. Pourvu que ce soit le mutisme. Oui. J'aime bien, le mutisme.

Invité
Anonymous
Invité
Rester de marbre [Quête du mois de Mars] Empty
Re: Rester de marbre [Quête du mois de Mars] - Mar 25 Mar 2014 - 20:38
Eh bien, une quête vraiment sympathique. J'adore le personnage et ses péripéties. Franchement, ça donnerait presque envie d'aller titiller toutes les statues devant lesquelles on passe, pour voir si ce serait des apprentis-dieux bloqué. XD

John : 300 xps + 300 xps de bonus de quête

Xps attribués : Yep
Rester de marbre [Quête du mois de Mars]
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Deus Academia :: L'Académie de Deus :: Au-delà du portail :: Jardins entortillés-
Sauter vers:

Attention :
Ce RP contient des passages violents ou/et particulièrement gores. Il est déconseillé à la lecture aux moins de 18 ans.
Continuer à lireQuitter cette page